Quand les choses viennent

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

Tant de choses dans ma vie se passent plus facilement ces derniers temps. Dimanche dernier, je suis allée déjeuner chez des cousins que je n’avais pas vus depuis quinze ans. Ils avaient appris que je sortais un livre et avaient envie que je le leur dédicace. Ce fut le prétexte de merveilleuses retrouvailles. Quelques heures plus tard, je discutai deux heures sur Whatsapp avec une amie perdue de vue depuis dix ans. Je lui avais envoyé mon livre, elle l’avait apprécié et souhaitait m’en parler. On s’est virtuellement tombé dans les bras.

Cette impression de fluidité se manifeste dans d’autres domaines. Je n’ai plus de compulsions alimentaires depuis des semaines. Je sais que c’est momentané, lié à mes vacances prolongées -zéro stress- et à l’été -j’ai moins faim quand il fait chaud et les fruits me comblent- mais tout de même, il y a autre chose. Ça va mieux. Je m’écoute plus. Quelques nouvelles habitudes simples se sont révélées bénéfiques. Je dîne dans une petite assiette, le volume de nourriture qu’elle peut contenir correspond à mes besoins. J’ai la satisfaction de bien la remplir, mais les quantités ne dépassent plus mes capacités d’absorption. J’ai arrêté de me bâfrer de fruits au dessert. J’en mange en entrée ou en dehors des repas -pour éviter qu’ils ne fermentent- et en moindre quantité. Le plaisir reste entier, mais je suis tellement plus attentive à mes signaux corporels que je suis plus rapidement rassasiée.

Je m’habille plus facilement. Le matin, je trouve ma tenue en quelques secondes. Les couleurs et les motifs se coordonnent sans effort. Jusque-là, c’était soit terne, soit difficile, avec de multiples essais. Le fait d’avoir supprimé le noir de ma garde-robe et de jouer avec la même palette depuis longtemps joue sûrement, mais là encore, il y a plus que cela. Des forces longtemps grippées se dénouent progressivement. Les morceaux se recollent.

« C’est bizarre, je ne me suis pas fait emmerder par un con depuis longtemps, s’étonnait il y a quelques mois Adélaïde Bon dans mon podcast Du cœur à l’ouvrage. Ils sont où ? Je crois que j’ai arrêté de les attirer. » Violée enfant, l’autrice de La petite fille sur la banquise a mis des années à se reconstruire, mais elle y est si bien arrivée qu’elle se protège sans difficulté. Mon cas est loin d’être aussi dramatique, mais moi aussi j’expérimente à quel point des changements internes peuvent apaiser mes rapports avec l’extérieur.

Évidemment, le yoga n’est pas pour rien dans cette évolution. Les mots de Lili Barbery, mon amie et prof de kundalini, résonnent dans ma tête. Elle a appris avant moi que les choses se font comme elles doivent se faire, qu’elles arrivent comme elles doivent arriver. Qu’il y a une harmonie naturelle dans l’univers, qu’il n’y a qu’à faire confiance, que tout est déjà là, même si c’est troublant.

Elle m’avait aussi dit que son intuition profonde finissait par lui dicter de faire des choses sans qu’elle cherche à les expliquer. Je la comprends maintenant. Je me laisse davantage guider par mes sensations, mes inspirations soudaines. Je distingue mieux égo, intuition profonde et mental. Quandl’intuition profonde se manifeste, c’est « rapide et silencieux », dit Mai Hua, une autre amie encline à l’introspection. Nous n’avons pas de doute, ça s’impose à nous sans tergiversations, notre petite voix intérieure nous souffle d’écouter. C’est toujours bienveillant. Au fond, nous savons. Le mental se rapproche plus de la critique, voire du reproche. Il peut nous être utile, mais savoir l’identifier permet de ne plus systématiquement s’y arrêter.

Me demander si, dans une situation, je suis mue par mon égo ou par mon attention à l’autre, est aussi un bon exercice. Je cherche à savoir pourquoi je fais les choses, et à les faire pour les bonnes raisons. J’ai conscience que la sortie du livre est un égo trip -wouah tous ces gens qui me manifestent de l’intérêt, c’est fou !- mais ça n’est pas que ça. Je tiens à ce que mon récit arrive dans les mains des personnes qui en ont besoin. Dans l’écosystème actuel, ça pase par une bonne dose d’autopromo sur Instagram ? Je m’en accommode. Je comprends que ça puisse être pénible pour une partie d’entre vous, j’essaie de trouver le bon dosage, mais je joue le jeu sans scrupules. En latin, « scrupulus » signifie « petite pierre pointue ». Chez les Romains, il s’agissait donc, littéralement, de cailloux qui venaient se loger dans les chaussures des légionnaires et les empêchaient d’avancer. J’y repense quand je devine que quelque chose m’entrave inutilement. Les scrupules sont des barrières mentales faites pour être dépassées.

Un cancer pas si grave est au cœur de beaucoup de dénouements dans ma vie. Il y a des points communs entre la sortie d’un ouvrage, un mariage, une naissance. Il s’agit de célébrer une forme d’ouverture. J’ai envoyé mon livre comme un faire-part de guérison. Et les gens ont répondu. Ils sont heureux pour moi. J’ai fait une fête chez moi samedi dernier. Pour la première fois, j’ai invité des amis sans me soucier du nombre. On a un petit appartement, rentreraient-ils tous ? Avant, je me serais lancée dans de savants calculs pour déterminer à  quel nombre de convives m’arrêter. Cette fois, je me suis contentée d’envoyer le mail. C’était ce que j’avais à faire. On verrait bien. Et on a tenu. L’histoire de mon cancer démarre par une fête. La boucle était bouclée. Réunir les gens que j’aime autour de moi me procure de la joie. J’en ai besoin. S’il y a bien une chose que toute cette histoire de maladie m’a apprise, c’est à définir et faire entendre mes besoins.

Mon livre Un cancer pas si grave est paru le 10 septembre aux éditions Leduc.s. Place des libraires vous indique où le trouver près de chez vous. Vous pouvez aussi le commander sur Fnac.com ou sur Amazon.

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Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
gdormoy@lexpress.fr

Illustration: Charlotte Molas

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