Comment m’informer ?

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

Un jour, il y a longtemps, j’ai aimé suivre l’actu. Aujourd’hui, c’est compliqué. Je ne sais plus quand m’y mettre. L’info est en concurrence avec trop de choses. Le matin, au petit déjeuner, je préfère écouter mon fils plutôt que BFM. Après, dans les transports, j’essaie d’ouvrir un livre. Le reste du temps, Instagram grignote les minutes éparses, et mes neurones avec.

Heureusement que j’écoute quand même France Inter, en courant le matin. Une demi-heure de pur plaisir, inamovible. Un peu plus tard, je m’arrange pour passer en revue les titres de la Matinale du Monde. Lire les articles, c’est autre chose. Je suis abonnée, mais si je parviens à en ouvrir deux dans la journée, c’est déjà pas mal. Le HuffPo est mon guilty pleasure. Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour ne pas être à la ramasse sur les dernières polémiques dont tout le monde parle. Racoleur, mais fiable et synthétique. Indispensable. Fashion Network est la seule newsletter que j’arrive à ouvrir tous les jours. Celles du New York Times s’accumulent dans ma boîte mail, entre deux lettres politiques de Laurent Joffrin, de Libération.

Je ne me trouve pas assez informée. Je m’imagine que les autres le sont plus que moi. Ne vivons-nous pas dans une société de la surinformation ? Je me doute pourtant que chacun cherche la bonne distance vis à vis de nouvelles devenues envahissantes. L’info a beau être plus accessible grâce à Internet -et aux réseaux sociaux en particulier-, elle reste souvent superficielle, quand elle n’est pas carrément fake. Qui peut se vanter de connaître à fond le dossier sur les incendies en Amazonie ?

Je culpabilise de ne pas faire ce qu’il faut pour sauver la forêt, tout en ne sachant pas ce que je pourrais faire à mon niveau (on ne mange pas d’huile de palme à la maison, mais ça n’est sûrement pas suffisant). Comme souvent face à l’actu, je me sens impuissante. Les plus radicaux me répondront : change tes habitudes de consommation. Peut-être, mais il y a tant d’autres exemples : que puis-je faire contre la mort de Steve, la guerre en Syrie ou la pollution de l’air ? Fondamentalement, il est illusoire -et exténuant- de croire que l’on a une prise individuelle sur tous les malheurs du monde.

Si je ne me tiens pas plus informée, c’est aussi, plus prosaïquement, par manque d’intérêt. On nous raconte tellement de choses sur tellement de gens ! Mes capacités d’empathie sont limitées. Mais je culpabilise de m’en moquer. Non, vraiment, lire un roman est plus reposant.

Pendant mes dix ans à L’Express, la situation avait le mérite d’être claire : je bossais pour un site « d’actu géné », se tenir un minimum au courant de ce qui se passe dans le monde était une nécessité. Je vivais dans la crainte permanente d’être prise en défaut, ce qui m’imposait une certaine discipline : je recevais sur mon téléphone les notifications de six ou sept applis d’infos, françaises et internationales. Je vérifiais les pages d’accueil des sites référents matin, midi et soir. Je gardais un œil sur Twitter. Je n’approfondissais rien, mais le maillage était assez efficace pour éviter les boulettes.

Aujourd’hui, je ne suis plus journaliste. Je me dois d’être informée, mais la pression est moindre. Souvent, je me prends à rêver : si j’en avais le temps, je lirais à fond tout ce qui concerne l’actualité culturelle et artistique. Mais c’est faux : je sors de plus d’un mois de vacances durant lequel j’ai très peu lu les news. Elles ont pendant si longtemps représenté une charge de travail que je n’arrive plus à les lire pour mon simple plaisir, comme je crois que c’était le cas, avant de travailler dans une rédaction. Mais est-ce moi qui ai changé, ou mon environnement ? En dix ans, n’avons-nous pas tous été submergés par l’actu ?

« Je ne sais pas pour combien de temps elle est sortie de ma vie, m’écrivait cette semaine Emma, mon ancienne rédactrice en chef, qui vient également de quitter L’Express. Je ne me sens pas coupable, mais escroc. Avoir fait ce métier si longtemps et vivre si bien sans. Je m’y intéresse encore, mais il va me falloir un moment pour comprendre quel est mon rythme. Je me sens paralysée par le trop-plein. J’aimerais une autre façon de consommer l’info. » Je cherche encore la mienne.

Et vous, quand et comment vous informez-vous ? Partagez vos routines sur mon compte Instagram ou racontez-les moi par mail, à geraldinedormoy@gmail.com.

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L’auteur

Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
gdormoy@lexpress.fr

Illustration: Charlotte Molas

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