Vivre avec la possibilité d’une récidive

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

On me demande souvent comment je vis le risque de récidive. Très bien, merci. Pour le moment, pas d’angoisse à signaler. Je dirais même que la conscience du risque est la meilleure de mes protections. J’ai trop à perdre pour m’oublier longtemps. Évidemment, je redoute mes examens de contrôle, chaque année en décembre, mais cette surveillance me rassure aussi.

Bien avant la fin de mes traitements, j’avais intégré qu’il y aurait l’après cancer à gérer, avec, en particulier, la peur que la maladie revienne. Mais, en habituée de la peur, je ne voulais pas laisser celle-là m’empêcher de vivre. J’ai donc décidé très tôt que je mettrais toutes les chances de mon côté – et que j’accepterais le risque de malchance. Autrement dit, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour maintenir la paix entre mes cellules, et je lâche prise sur ce que je ne peux maîtriser. Mon corps reste une énigme.

Cette approche m’a menée à deux grands changements. Le premier, le plus important, est que je n’ai plus le même rapport au stress. Depuis que je sais que c’est l’un des principaux déclencheurs du cancer, je ne le laisse plus m’envahir. La méditation et le yoga m’aident à mieux l’identifier. Avant, il m’était si familier qu’il était devenu mon état normal. Et quand je le remarquais, j’y voyais le signe de mon implication dans le travail. Aujourd’hui, je l’associe tellement à la maladie que je ne l’accepte que si je l’estime justifié et momentané. Le stress fait partie de la vie, je ne peux y échapper, le fuir serait intenable et absurde. D’ailleurs, durant une grande partie de ma vie d’adulte, j’ai vécu avec sans que cela ne me provoque d’ennui de santé majeur. Mon corps est capable de l’encaisser… jusqu’à un certain point.

Ce qu’il ne supporte plus, c’est le stress chronique, car il accapare une énergie qu’il ne peut plus mettre dans la régulation d’autres sources de tensions dans l’organisme. Le système immunitaire ne peut pas couvrir tous les foyers d’inflammation à la fois. S’il est continuellement occupé à gérer du stress, il pourra moins efficacement faire la police auprès d’éventuelles cellules cancéreuses décidées à proliférer. Je schématise, mais cette idée m’aide à me concentrer sur l’essentiel : je ne veux plus trop de stress dans ma vie.

Cette volonté s’avère bénéfique. Quand le stress n’est plus une option, on s’organise autrement. On se rend compte que l’on n’est pas obligé de s’imposer ça. Je fais moins de choses. Je marque plus mes limites. J’essaie de me faire bien comprendre. J’accepte aussi que ça ne sera pas toujours le cas. Je fais les choses pour moi avant de les faire pour les autres. L’enjeu est trop important pour faire des compromis.

L’autre grand changement concerne la nourriture. Avant de tomber malade, je savais quelle alimentation « protège » du cancer, mais ce dernier restait une abstraction. Désormais, bien manger est une évidence. J’ai arrêté le sucre raffiné et me suis mise à manger fruits et légumes en grande quantité, mais il ne s’agit pas seulement de respecter les recommandations d’Anticancer, la bible de David Servan-Schreiber. Le plus important a été de me mettre à l’écoute de mon corps de façon de plus en plus continue. De m’arrêter de manger quand il me le demande (j’ai longtemps nié ses signaux), de ne lui donner que ce qu’il digère correctement. Le seul problème d’une telle approche, c’est que plus on respecte son corps, moins on supporte ce qui lui nuit. Le moindre inconfort devient intolérable. Mais je n’ai rien trouvé de mieux pour limiter les compulsions, qui ces derniers mois ont spectaculairement diminué.

La méditation et le yoga m’aident beaucoup. J’apprends à imaginer ressentir mes organes, un à un. Mon but ultime, auquel je ne crois pas encore mais que je poursuis comme un idéal, est de devenir suffisamment connectée pour que, lorsque quelque chose ne va pas dans mon corps, je le sente immédiatement. Hier, je pouvais rester plusieurs jours avant de prendre conscience d’une douleur à l’épaule. Aujourd’hui, si une gêne survient, je la sens à l’instant où elle se manifeste.

J’ai conscience des limites de tels raisonnements. Je vis ainsi chaque rhume comme une vexation : mon corps me rappelle que, contrairement à ce que je veux croire, je ne peux pas toujours le protéger. C’est une leçon d’humilité dont je me passerais bien. Cela ne m’empêche pas de continuer de vouloir activement me faire du bien. Je suis convaincue que générer des pensées positives éloigne du cancer. Je m’entraîne à en avoir le plus possible. Quel que soit mon futur, je m’applique à faire de mon présent le plus bel endroit à vivre.

Une lectrice m’a écrit un très joli mot il y a quelques jours. Elle m’a remerciée car mon livre l’avait aidée à prendre conscience du fait que se sentir bien dans sa peau n’allait pas de soi. Elle voyait que, chez moi, c’était un boulot quotidien. Ça l’aidait à se rendre compte que son bien-être dépendait d’elle-même. Voilà sûrement ma principale force face au risque de récidive : je suis convaincue, à tort ou à raison, que ma santé dépend de moi. Je ne subis pas l’évolution de mon organisme. Je cherche à faire corps avec lui.

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L’auteur

Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
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Illustration: Charlotte Molas

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