Fêter ensemble

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

Une lectrice, Caroline, me demande comment réussir sa prochaine fête à la maison. Elle organise une pendaison de crémaillère avec des gens d’horizons différents, elle craint qu’ils ne se mélangent pas.

Avant la maladie, j’avais tendance à m’imaginer que, pour bien recevoir, il fallait la bonne vaisselle, les bonnes manières, respecter des conventions qui allaient grandissant avec l’âge et le statut que l’on acquérait dans la société. J’avais toujours vu ma mère se mettre en quatre quand elle invitait. Moi-même je continue de ressentir une pointe de stress un quart d’heure avant le début des festivités, au moment où j’aimerais que tout soit prêt et que la nappe n’est pas encore repassée.

Sauf qu’aujourd’hui, je ne repasse plus la nappe. J’ai beaucoup lâché. La maladie m’a allégée. Je ne me demande plus si je fais les choses comme il faut, je ne me préoccupe plus de ce que mes invités penseront de moi, de la soirée, des autres convives. Je ne suis plus qu’une seule règle : me contenter d’inviter les gens que j’aime.

Souvent, quand je discute avec une amie, je me dis qu’elle s’entendrait bien avec une autre. Mais quand je les fais se rencontrer, les choses se passent rarement comme je les avais prévues. C’est comme les blind dates : on croit que deux êtres auront beaucoup en commun, qu’il suffit de les réunir pour amorcer quelque chose, et quand ils se retrouvent l’un en face de l’autre, la rencontre n’a pas lieu. On ne connaît jamais vraiment les gens. Et c’est la magie des relations humaines : elles restent imprévisibles.

J’ai appris à faire confiance à mes amis. Je me contente de les rassembler, sans plus prévoir où leurs affinités les mèneront. Je les laisse se débrouiller. Chacun noue les conversations qui lui chante. Je ne suis pas responsable de leurs humeurs ni de leurs ressentis. Si les personnes ont répondu à mon invitation, je suppose – peut-être à tort ! – que c’est parce qu’elles ont envie de s’ouvrir aux autres. Je compte sur leur curiosité… et sur l’alcool.

Un tel détachement est moins facile pour Mark. Il craint que des invités ne profitent pas de la soirée, il se met à leur place, se pose tant de questions qu’il en vient à préférer ne pas être là quand j’envisage plus qu’un dîner à table. Je l’accepte. J’ai envie de faire la fête avec des gens qui en ont envie aussi. Je comprends que l’on ait mieux à faire et ne me vexe jamais lorsque l’on décline une de mes invitations.

Je ne cherche pas à réussir une soirée. Depuis que le kundalini yoga est entré dans ma vie, je préfère raisonner en termes d’énergies. Mon rôle est d’instiller une bonne dynamique à l’événement. De poser une intention d’unité.  J’ai envie de me connecter à mes amis, de me mettre sur la même fréquence qu’eux, plutôt que de les satisfaire (car je ne saurai jamais ce qu’ils viennent chercher chez moi). J’en sors fatiguée parce qu’après 22h, je le suis toujours, mais aussi revigorée, apaisée, comblée. Chacune des personnes présentes m’a apporté quelque chose. Leurs conversations, leurs états d’âme, leurs histoires m’ont nourrie.

Je prépare assez de nourriture pour être sûre que personne n’aura faim – j’en fais toujours trop, c’est la tradition dans la famille -, je médite avant afin d’être pleinement présente et ouverte à recevoir ce que les invités auront à m’apporter. Une soirée, c’est une alchimie collective. La magie opère, ou pas. On ne peut la maîtriser. Elle ne dépend pas que de ceux qui reçoivent. Chaque hôte y participe.

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L’auteur

Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
gdormoy@lexpress.fr

Illustration: Charlotte Molas

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