La ménopause en douceur

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

On me demande souvent d’aborder le sujet de la ménopause car, depuis plus d’un an, je suis sous hormonothérapie. Mon cancer du sein était hormono-dépendant : la croissance de la tumeur était stimulée par les hormones. Pour limiter les risques de rechute, un traitement médicamenteux stoppe ma production d’hormones féminines. Je prends chaque soir un cachet de Tamoxifène, ce qui, en arrêtant la fabrication d’oestrogènes, provoque une « ménopause artificielle », et je reçois chaque trimestre une injection de Décapeptyl, ce qui bloque mon activité ovarienne. Avec le temps, je me suis rendu compte que je n’en suis pas pour autant à la même étape que les femmes véritablement ménopausées. J’ai plus l’impression d’en avoir un avant-goût, ce dont je me suis accommodée.

Il faut dire que j’ai la chance de bien supporter cette hormonothérapie. Est-ce parce que mon cancérologue m’a assuré dès le départ que ce traitement constitue le meilleur rempart contre la récidive, et que, pour bien le vivre, il est important d’être convaincue qu’il me fera du bien ? Cela a dû jouer, je me suis conditionnée positivement. Mais je côtoie trop de femmes souffrant de lourds effets secondaires pour penser qu’il suffit de l’accepter pour bien le vivre. J’ai sûrement, aussi, beaucoup de chance. Et puis le médicament prescrit aux femmes déjà ménopausées me semble plus rude.

Tout cela ne m’empêche pas de vous dire ce que ce traitement a changé, intérieurement. L’effet le plus immédiat, ce sont les bouffées de chaleur. Les miennes ne sont pas handicapantes. Elles peuvent me réveiller la nuit, mais elles ne trempent pas mes draps. Comme un thermostat mal réglé, mon corps déclenche plusieurs fois par jour des coups de chaud intempestifs. De nature frileuse, j’ai dû adapter ma façon de m’habiller. Car j’ai beau savoir que ces épisodes ne durent que quelques minutes, il m’est impossible de ne pas immédiatement me dévêtir.

J’en ai discuté avec plusieurs médecins, tous m’ont dit la même chose : les bouffées de chaleur restent un phénomène mystérieux, il n’y a pas grand chose à faire. Ma ménopause n’étant pas naturelle, je n’y vois pas un signe de l’âge, ce qui m’a aidée à les accepter. C’est comme ça. Je ne les remarque même plus.

Le Décapeptyl a eu pour seul effet visible d’arrêter mes règles. Je n’ai donc plus besoin de prendre la pilule ou de porter un stérilet : les injections ont un effet contraceptif. Je suis la première surprise de vivre cela comme un soulagement. Au début j’étais déçue : un peu avant de tomber malade, mon amie Mathilde Toulot m’avait fait lire La femme optimale, de Miranda Gray, livre dans lequel j’avais découvert que l’on pouvait apprendre à s’adapter au rythme de ses cycles. J’avais alors effectivement remarqué à quel point j’étais plus sociable ou plus créative à certains moments. L’arrêt des règles m’a privée de ces ressentis, mais j’y vois aussi des avantages : plus de gonflements prémenstruels, plus de craintes de tacher mes vêtements, plus de tampon dans le corps (la coupe menstruelle ne m’a jamais convenu) : quelle libération !

Non, comme toujours avec moi, le plus gros bouleversement fut alimentaire. Quelques semaines après le début de l’hormonothérapie, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : mon corps n’est pas devenu celui d’une femme véritablement ménopausée – le haut ne s’est pas épaissi, le bas ne s’est pas affiné sous l’effet d’une fonte musculaire –, mais il ne réagit plus comme avant. Déjà fragile, mon système digestif est désormais encore plus sensible. Beaucoup de choses ne passent plus. J’ai compris pourquoi tant de femmes prennent du poids sous Tamoxifène. Le corps est différent, ce qui impose une écoute affinée de ses signaux. Je me suis adaptée. Je mange moins qu’avant, et différemment – j’ai réduit les volumes, limité les fritures et les glucides. Ça ne m’a pas fait maigrir, mais je n’ai pas grossi non plus, sûrement parce que cette meilleure écoute a tendance à calmer mes compulsions.

« Si vous mangez équilibré, vous ne grossirez pas », m’avait prédit ma micronutritionniste. Elle avait raison, mais « manger équilibré » manque de précision. « Manger de manière adaptée » me semble plus juste. Or l’adaptation ne se termine jamais. Je continue chaque jour d’ajuster mon alimentation aux besoins d’un organisme dont j’ai appris à décrypter le fonctionnement.

Tout cela m’a permis de changer mon approche de la vraie ménopause. Je me doute qu’elle représentera un cap symboliquement important et qu’elle comportera peut-être de nouveaux changements physiques, mais je ne la redoute plus. Je la vois comme un moyen de mieux me connaître. Je m’adapterai. J’ai l’habitude que mon corps change. Je ne lui en veux plus.

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Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
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