Quelle promo !

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

Quel exercice étrange que celui de la promo. J’en rêvais. Alors que je n’avais jusque-là été que lectrice ou journaliste, je me réjouissais de passer de l’autre côté du miroir, de découvrir comment mon livre allait être accueilli, de rencontrer ma communauté.

J’avais, surtout, beaucoup fantasmé le geste de la dédicace. Autant vous dire que je m’en donne à cœur joie. Je me suis délectée du « service de presse » – devoir écrire un mot en première page pour les journalistes et les influenceurs – et je continue de m’exécuter de bonne grâce à chaque fois que l’on me demande de signer un exemplaire. Je réfléchis avant d’écrire. Même pressée, je me concentre et essaie de personnaliser mes quelques lignes en fonction de ce que je capte de la personne. Ne suis-je pas là pour envoyer des messages ?

L’exercice de l’interview s’est révélé enrichissant, beaucoup de questions des journalistes m’offrant un nouveau point de vue sur mon histoire. Mais ce sont surtout les séances de dédicaces qui m’ont surprise. Dans l’égo-trip que représente la sortie d’un livre, je m’étais imaginé attirer des foules de lecteurs. Je n’avais pas envisagé que le sujet du cancer puisse effrayer ou que la taille de ma communauté reste modeste. Quelques rencontres se sont avéré clairsemées, mais à aucun moment cela ne m’a vexée. Même quand une dédicace – à Périgueux – a été annulée au dernier moment faute de monde, j’ai plus été soulagée de ne pas avoir à me déplacer que de ne pas susciter plus d’intérêt.

L’explication est simple : j’ai réalisé que ce n’est pas la quantité mais la qualité des réactions qui m’importe. Les messages extrêmement touchants que m’envoient lecteurs et lectrices me comblent. Mon livre déclenche en eux un tel enthousiasme, les nourrit si profondément, que cela me suffit.

J’ai compris dès la parution que je traitais d’un sujet tabou. La promo n’en est que plus nécessaire, pour offrir un espace d’échange à celles qui en ont besoin. Les dédicaces en petit comité dégagent d’ailleurs une énergie particulière. J’y fais à chaque fois la connaissance de lectrices et de lecteurs de longue date pour qui cette rencontre est chargée de sens. Je suis heureuse de pouvoir y consacrer le temps nécessaire, sans hâte ni lassitude. Le sujet est tellement fort que les choses ne pourraient de toute façon pas se faire autrement.

Pour signer un livre, j’ai besoin de connaître le rapport de la personne à la maladie. Je l’invite donc à s’ouvrir à moi. Souvent, cela crée un début d’intimité troublant. Les larmes ne sont parfois pas bien loin. J’aime ce partage d’émotions. On se fait du bien, on vit ensemble un moment hors du temps. J’ai conscience d’être l’objet de projections. Ma parole a un poids particulier. Cela me donne une certaine responsabilité. Je pèse mes mots, tout en m’autorisant des remarques très libres lorsqu’elles s’imposent à moi.

Dans ce jeu de la rencontre, les organisatrices – libraires, marques, entrepreneuses – jouent un rôle crucial. Toutes ces passeuses ont apprécié le livre au point de vouloir lui donner un coup de projecteur. Je leur en suis très reconnaissante. La plupart sont si passionnées qu’elles insufflent de la magie aux signatures. En tout cas moi, je vis ces événements avec intensité et la ressens autour de moi. Quand en plus il s’agit d’une rencontre croisée, comme ce fut le cas avec Lili Barbery-Coulon – auteure de La réconciliation – à Strasbourg et avec Claire Jozan-Meisel – auteure de La sagesse du cercle – à Toulouse, l’énergie de la salle me paraît décuplée.

Je me sens également portée par l’équipe de Leduc.s, ma maison d’édition. Je crois que, de par son sujet, mon livre l’a personnellement touchée. De même que j’ai été merveilleusement prise en charge par mes médecins pendant ma maladie, je suis aujourd’hui épaulée avec beaucoup d’attention et de chaleur par Sophie, mon éditrice, et Hélène, mon attachée de presse.

Tout cela m’a permis de me détacher en douceur de mon bébé de papier. Aujourd’hui, il ne m’appartient plus. Il vit sa vie. Chaque nouveau message reçu me rappelle qu’il existe, qu’une rencontre s’est faite et cela me remplit de joie, mais je suis passée à autre chose. J’éprouve le besoin de me concentrer sur mon nouveau travail. Je me suis toujours dit que la promo serait limitée dans le temps, que je ne voulais pas rester trop longtemps « dans le cancer », que je serais attentive aux signaux m’alertant de la nécessité de refermer le dossier. Ils commencent à se manifester.

On me demande souvent si le livre se vend bien. Je réponds que mon éditrice est satisfaite du démarrage. La vérité, c’est qu’après avoir rêvé de pondre un best-seller, je me fiche du nombre d’exemplaires vendus. Je sais que le livre est entré dans la vie des gens. Qu’un jour, il sera encore plus accessible, grâce à une édition en poche. C’est tout ce qui compte. Mission accomplie.

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Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
gdormoy@lexpress.fr

Illustration: Charlotte Molas

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