Changer de peau

Géraldine DORMOY-TUNGATE, publié le

Voilà des mois que je ne vous ai plus parlé de mes vêtements. Il s’est pourtant passé des choses ces derniers temps dans mon dressing, mais je craignais vos réactions. Je n’avais pas envie que vous jugiez mes nombreux achats chez Sézane. Je suis lasse du Sézane bashing et, plus généralement, des critiques envers l’achat de vêtements neufs. Alors j’ai préféré ne plus vous parler de mes fringues du tout.

Aujourd’hui, ces réserves m’encombrent. Je vis un virage stylistique important pour moi, j’ai envie de vous en faire part, libre à vous d’en penser ce que vous voudrez. Je ne suis pas payée par Sézane pour vous montrer mes tenues, mais désormais je le ferai si j’en ai envie.

À l’instant où je suis arrivée là-bas, j’ai su que j’allais vouloir adapter mon vestiaire. Il y avait la volonté de me conformer à un nouveau dresscode, cet ensemble de règles vestimentaires aussi tacites que subtiles qui régissent tout milieu. D’autant plus que la vue du style raffiné de mes nouvelles collègues ranimait en moi un désir du beau vêtement longtemps endormi.

Mais il n’y avait pas que cela. De même que, dans ma vie, je changeais de chapitre, j’avais besoin de changer de peau. Laisser derrière moi une enveloppe qui ne me correspondait plus.

Du jour au lendemain, je me suis détachée de pans entiers de mon armoire. J’ai réalisé que, depuis des années, je n’achetais quasiment plus de vêtements. Pour des raisons financières – j’avais décidé que mon habillement était moins prioritaire que mes voyages et mes sorties – mais aussi éthiques – je prenais un réel plaisir à user chaque robe, chaque pull, chaque jean jusqu’au bout. Je ne vivais plus que dans des vêtements doudous élimés que j’adorais, mais qui soudain me rendaient trop vulnérable dans une entreprise de mode où je devais faire mes preuves.

Avant mon arrivée, je n’étais pas très cliente de la marque. J’aimais bien les quelques accessoires que je m’étais offerts, mais l’idée de devoir me connecter au site à heures fixes pour avoir une chance de rafler les pièces les plus fortes me décourageait. J’éprouvais aussi une sorte d’instinct de survie : avec les vêtements, comme avec la nourriture, j’ai du mal à m’arrêter. Chez Sézane, je pressentais que, si je mettais le nez dans les collections, je risquais de me retrouver happée.

Finalement, j’ai plongé dedans en pleine conscience. Par une merveilleuse synchronicité, j’ai pu m’aider du livre de mon amie Charlotte Moreau, Le Dressing Code (éd. Leduc.s), sorti en septembre.  Au moment même où j’ajustais mon vestiaire, Balibulle m’a fourni un mode d’emploi clés en main. Sa méthode pour porter l’intégralité de sa penderie m’a permis de me séparer de mes vêtements en bout de course et de faire des choix réfléchis que je ne regretterais pas. Grâce aux grilles de lecture qu’elle propose, j’ai compris que j’ai un profil de gestionnaire – je tourne avec peu d’habits qui doivent s’harmoniser entre eux – et que je vise une « garde-robe capsule », autrement dit « un minimum de vêtements, tous polyvalents, pour concocter un maximum de tenues ».

J’ai réhabilité l’essayage comme elle le recommande, affiné ma palette de couleurs et me suis autorisée à acquérir suffisamment de vêtements pour ne pas les abimer trop vite. En quelques semaines, une nouvelle silhouette s’est imposée comme une évidence – pull, pantalon large, boots à talons – dans des nuances de bruns, de rose et de marine qui me procurent une joie inédite.

J’ai vécu tout cela comme une étape. Je ne pense pas que je vais continuer de m’acheter des vêtements à un rythme aussi soutenu. La mue est faite. J’ai trouvé mon nouvel uniforme.

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L’auteur

Géraldine Dormoy


Café Mode a pour but de vous faire partager mon point de vue personnel sur la mode. Pas vraiment fashionista, je me considère plus comme une passionnée avide d'infos. La mode ne se limite pas aux vêtements, c'est un jeu, une discipline, une Histoire, un art de vivre. Parlons-en !

Géraldine Dormoy-Tungate, Responsable éditoriale Web de L'Express Styles
gdormoy@lexpress.fr

Illustration: Charlotte Molas

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